Le Yamaha DX7
Pour tout musicien, et quelque soit son instrument de prédilection, il existe toujours ou presque un instrument incontournable à posséder, ne serait-ce que par principe : La "Fender Stratocaster" ou "la Gibson Les Paul" pour les guitaristes ; le "stradivarius" pour les violonistes ; un Steinway and Son" pour les pianistes et, à n'en pas douter un "Yamaha DX7" pour les claviers.

Ce synthétiseur, conçu et commercialisé à hauteur de 160 000 à 200 000 exemplaires (dépend des sources) par Yamaha de 1983 à 1986 reste synonyme d'un succès hors du commun pour un instrument digital. Les raisons de ce succès tiennent en trois points : polyphonie, fiabilité et nouvelle synthèse sonore. Le tout à un prix abordable pour un jouet de cette trempe (environ 2000 euros à sa sortie). Basé sur un principe de synthèse par modulation de fréquence découvert par le professeur John Chowning en 1967, et développé dans une optique commerciale en collaboration avec Yamaha à partir de 1973 ; le Yamaha DX7 génère à sa sortie des sons véritablement inouïs au sens littéral du terme. Grand fossoyeur des instruments analogiques (synthétiseurs dont les sons de base sont des samples) ; dès la première écoute le DX7 révèle un son bien plus large et profond que ses concurrents de l'époque car étant le fruit d'une superposition d'un grand nombre d'harmoniques (En musique, une harmonique est une composante à part entière d'un son musical qui se trouve dans un rapport simple avec la fréquence fondamentale ; à savoir tierce, quarte, quinte, sixte et octave pour un son juste ; d'autres notes pour un son "moins harmonieux").

Disposant d'une polyphonie 16 voies, de 6 oscillateurs sinusoïdaux numériques et programmables et de 32 mémoires externes, le Yamaha DX7 marque l'avènement d'une nouvelle génération de synthétiseurs qui perdure. Ses prises MIDI en font également le précurseur du concept de clavier maître (ou clavier de commande) lui conférant ainsi la possibilité de piloter un module de sons ou un séquenceur grâce à des messages MIDI. Une ombre au tableau néanmoins dans l'approche et l'ergonomie de ce géant : même les musiciens les plus aguerris de l'époque ne s'aventuraient pas dans la re-programmation des sons de la machine sans éditeur MIDI et tout porte à croire que les DX7 ont essentiellement été utilisé pour ses sons préétablis. Notons en effet qu'en 1987, les allemands de chez Jellinghaus ont commercialisé un programmeur de 150 potentiomètres (rien que ça) destiné à la programmation du DX7 ; cela devrait suffire à illustrer la complexité du son généré par l'engin. Dans les années qui ont suivi, et au regard du succès de l'instrument, Yamaha a lancé des versions améliorées du DX7 notamment le DX7IID qui est sans aucun doute la forme la plus aboutie du synthétiseur.

L'ultime version pour collectionneur demeurant le DX7II Centennial : un Yamaha DX7IID gris, à boutons et potentiomètres or, fabriqué à 300 exemplaires pour les cent ans de la firme Nippone et vendu à sa sortie en 1988 la modique somme de 3995 USD…

Un dernier argument pour vous convaincre s'il en était du rôle essentiel tenu par l'instrument dans les années 80 est sans aucun doute l'impressionnante et éclectique liste de musiciens clamant haut fort avoir composé sur cette merveille : A-Ha, Andres Calamaro de Los Rodriguez, Tony Banks de Genesis, Karl Bartos de Kraftwerk, John Beck de It Bites, James Brown Band, Cabaret-Voltaire, Ray Charles, Coil, The Cure, Depeche Mode, George Duke, D:Ream, Electronic Dream Planet (avec un DX-programmeur Jellinghaus ), Brian Eno, Enya, Front 242, Herbie Handcock, James Ingram, Jens Johansson de Stratovarius, Michael Jackson - de 1983 à 1990, Al Jarreau, Kitaro, John Lord de Deep Purple, Chris Lowe, Nine Inch Nails, Goldie et Rob Playford, Steve Porcaro et David Paich de TOTO, U2, The Smiths, Stabbing-Westward, Talking Heads, Type O Negative, Underworld, Eddie Van Halen - dans "Love Walks In", Stevie Wonder - dans "Ribbon in the Sky", Vangelis, j'en passe et des meilleurs…Encore plus important peut être dans la musique qui nous intéresse et qui donne lieu à cet article, le son du DX7 est très présent dans les premières compositions de Juan Atkins et s'avère un instrument emblématique de la Techno de Détroit ; notamment s'agissant des nappes et des éléments d'harmonie propres à ce style. Prenez une nappe sur un label emblématique de détroit tel que UR ou Red Planet, il y a 99.9 % de chance qu'elle ait été composée sur un Yamaha DX7 ou un membre de la famille.

Une fois encore l'acquisition de cet instrument se révèle être un parcours des plus pénibles et onéreux même si demeure également la possibilité de l'acquérir dans sa version expender (sans clavier) sous le nom de TX-17. Outre les habituelles solutions mystiques (prières, offrandes, incantations sataniques et chance insolente) pour l'intégrer à votre home studio, vous pouvez vous adresser une nouvelle fois à Native Instrument (c'est fou le nombre d'instrument légendaire qu'ils ont reproduit) et donc acquérir son logiciel FM7 qui émule on ne peut plus sérieusement ce génial synthétiseur. Là encore basé sur le principe de modulation de fréquence, sa richesse sonore fait que le clone n'a rien à envier à l'original et lui permet de se distinguer de nombre de plug-in existant sur le marché. La pureté du son, sa précision et, en fin de compte, sa beauté sont sans aucun doute les raisons qui doivent conduire à considérer le DX7 (ou le FM7) comme un instrument tout à fait hors pair. Un bémol toute fois concernant la version software : la programmation de nouveaux sons s'avère là encore peu accessible aux néophytes et ne comptez pas échapper à la lecture du manuel si vous voulez sortir des sentiers battus (Le manuel est en français donc ça se tente). Il vous faudra par ailleurs acheter la mise à jour Native instrument pour pallier à quelques problèmes de synchronisation des enveloppes et de calcul des délais. Bref, quelques difficultés avant de pouvoir découvrir cet instrument mais le jeu en vaut cent fois au moins la chandelle : un son à vous hérisser les poils à la verticale, une profondeur à vous emmener à des années lumières de votre point d'origine, un synthétiseur essentiel dans ce que la musique électronique compte de plus touchant.

En conclusion j'adapterai cette maxime : un synthétiseur vous manque et votre home studio est dépeuplé… Keep on making techno music.