Le minimoog Question : Quel point commun y a t il entre Kraftwerk, les News Orders, Modjo, Laurent Garnier ou bien encore Luke Slater ? (Outre le fait qu'en bon lecteur d'Artémix vous ayez tous leurs disques à la maison ; même modjo pour torturer vos voisins, n'en doutons pas...) Le Minimoog est une réponse à cette question. Petit historique. En 1969, Monsieur Robert Moog est l'heureux propriétaire d'une entreprise éponyme spécialisée dans la vente de " Systèmes de Synthèse Analogique Modulaire " (Des synthétiseurs quoi) et l'invention aurait suscité l'enthousiasme que l'on suppose si la technologie n'en avait pas été alors qu'à ses premiers balbutiements. Résultat, les bébêtes sont à peu près aussi stables que la plaque indonésienne pour un volume équivalent à la discothèque de DJ Shadow (ou Z ;))… Bref jouer avec un Moog à l'époque c'est certes avoir un son innovant mais ça demeure surtout une source d'emmerde certaine. Un chalenge se profile donc à l'horizon : faire rentrer l'énorme machine dans un coffrage à dimension humaine. Cette ambition aura un nom, le Minimoog qui, sous sa version D, sera commercialisé entre 1971 et 1981 à hauteur de 12000 pièces. Notons que parce que les composants évoluent énormément au cours de cette période,
chaque Mini est une pièce unique dotée chaque fois d'un numéro et d'un son qui lui est propre. (Les 5000 premiers moogs présentent entre autres différentiations un problème d'accordage). Et pour rendre l'engin tout à fait extraordinaire, précisons aussi qu'il ne dispose d'aucune mémoire et donc qu'éteindre son Minimoog première génération c'est à coup sur avoir un son différent au prochain allumage. (Pour la petite histoire, Kraftwerk racontent notamment qu'ils faisaient " dormir " leur instrument en chambre frigorifique pour minimiser les variations des oscillateurs…). Vivant le Minimoog donc ???? A n'en pas douter et ce n'est pas le fait que le coffrage soit en bois (érable, acajou ou noyer foncé selon les générations) qui viendra argumenter dans le sens inverse. Une question plus pertinente se profile donc à la lecture de ces quelques lignes : mais pourquoi tu nous bassines avec ton synthé " has been " et instable ???? La question doit être posée mais la réponse l'emporte sur tout : SA LARGE TESSITURE (A savoir l'étendue dans le grave et dans l'aigu des sonorités les plus adaptées à un instrument). Un qualificatif souvent utilisé pour le Moog est FAAAAAAAAAAAAAAAAT (Avec une rafale d'accents circonflexes sur les A s'il vous plait) mais pas seulement même si c'est là son usage le plus commun. Le Moog est capable de générer des basses monstrueuses, rondes, agressives, des leads torturés (The Big Babou de L. Garnier à mon avis même si le doute est permis), des arpégiateurs de dingues, des percus de folies, des effets démentiels bref (et parce que les superlatifs me manquent) une pléiade de sons de référence qui ont été et seront encore la pierre angulaire de nombreux morceaux. Désireux d'en acquérir un ? C'est une bonne décision à mon avis (en dehors du fait que c'est un peu le but de ce texte et qu'il est éminemment flatteur de savoir qu'on n'a pas passé sa journée à pisser dans un violon) et les nouvelles sont bonnes. Si l'acquisition d'un Minimoog " d'époque " reste une quête à peu près aussi parsemée d'embûches que celle du graal (trouver un vendeur d'abord… et puis si la chance vous sourie, vous délester de 1500 à 2000 euros pour la machine et passer enfin à la midification et l'ajout d'une synchro entre les oscillateurs, d'une modulation de la largeur d'impulsion des oscillateurs, et j'en passe…) ; deux possibilités s'offrent à vous : le Minimoog " nouvelle version " dont la fabrication a repris en 2002 et la version software du Minimoog proposée par Arturia. Concernant les nouveaux Moog, si la structure et l'originalité de base restent inchangées (originalité qui résidait et réside toujours dans le fait que le troisième oscillateur du Moog peut moduler les deux premiers ou le filtre), toutes les modifications (et midifications) nécessaires à son entrée dans le vingt et unième siècle ont été effectuées. Certains regretteront peut être les oscillateurs instables mais c'est un autre débat. Pour le prix par contre, et bien c'est tout aussi peu intéressant que le Minimoog première génération mais sans la montagne de galère (L'Everest la montagne hein, pas le Massif Armoricain notez bien…). La version software quant à elle simplifie grandement les choses !!! (Enfin me direz vous …) D'abord elle est accessible (169 euros). Ensuite vous disposerez des presets qui vous permettront de vous faire une idée de ce qu'est le son Moog sans avoir à triturer votre machine pendant des heures et des heures. Enfin, et test comparatif à l'appui, la proximité entre le réel et l'analogique est pour le moins bluffante : le signal en dent de scie est équivalent, le signal en triangle un tout petit peu plus ample en virtuel de même que la résonance est elle aussi un peu plus stridente… Mais un simple rapport qualité prix devrait à coup sur vous convaincre pour le virtuel, du moins à court terme. Si jamais vous tombiez amoureux de ce son, alors l'envie d'en acquérir un " pour de vrai " naîtra en vous aussi sûrement que deux et deux font quatre. Et c'est sur ce point essentiel que je me dois d'insister ici : le Moog n'est pas un simple instrument, on en joue, littéralement, on sue dessus, on le torture et la palette d'émotion à générer est d'une amplitude incroyable. L'instrument virtuel vous permettra certainement d'appréhender la machine et de vous faire une idée assez nette de ce qu'est le Minimoog mais sa limite se fera sentir dès lors que vous comprendrez ce que signifie le fait de jouer du Moog. Plus que des mots, c'est certainement les images et le son qui contribueront le mieux à traduire le fond de ma pensée. Je vous invite donc à vous procurer le documentaire de Hans Fjellestad disponible en DVD chez Plexifilm au nom simple mais évocateur : " MOOG, The movie " et vous comprendrez pourquoi il vous manque un Minimoog dans votre home studio…Bien sur d'aucuns dirons que puisque tout le monde en a un, l'originalité résidera dans le fait de se passer de cet instrument. Grand bien leur fasse, pour ma part je n'ai jamais vu de concertiste refuser un Stradivarius au nom de l'originalité… Voila, s'en est fini de ce plaidoyer pour le Minimoog. Rendez vous dans le prochain Artémix pour un autre instrument de légende : la TB 303.Keep on making techno music. |